17 mars 2015

Le BCTQ présente une nouvelle étude économique sur la filière audiovisuelle québécoise


Le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec présente l’étude portant sur l’importance économique de la filière audiovisuelle du Québec.

Le document, préparé par la firme KPMG-SECOR, illustre clairement que la filière représente un véritable écosystème dont les diverses composantes se complètent et se renforcent, ce qui confère à la province une industrie dynamique, des ressources compétentes et un positionnement concurrentiel reconnu internationalement.

C’est dans ce contexte que le BCTQ a souhaité documenter l’importance économique de la filière actuelle et comparer le soutien par crédit d’impôt à l’aide d’une étude rigoureuse et factuelle qui met en lumière l’ensemble des aspects-clés de la dynamique industrielle et concurrentielle.

Enfin, au-delà des comparatifs, le document propose des pistes de développement permettant à terme, des entrées de fonds significatives dans l’économie québécoise assurant à la fois la croissance et la pérennité de la filière audiovisuelle du Québec. 

Pour consulter le document, cliquez ICI.


















Source : BCTQ

12 mars 2015

Parlons télé : le CRTC annonce des mesures visant à soutenir la création de contenu par les Canadiens

Discours de Jean-Pierre Blais à la Cercle canadien d'Ottawa à propos de Parlons télé et de l'avenir du contenu produit par les Canadiens


Ottawa (Ontario)
Le 12 mars 2015
Jean-Pierre Blais, Président
Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes
Priorité à l'allocution
Bonjour.
C'est un plaisir de m'adresser au Cercle canadien. Pendant longtemps au début du 20e siècle, à l'époque où la parole était le principal moyen d'expression, c'est ici que les gens venaient pour énoncer des idées d'importance nationale. Lorsque les dirigeants prenaient la parole au Cercle canadien, les gens prenaient note car on allait y tenir des propos de valeur. Et cette fière tradition se poursuit au 21e siècle.
Certains parmi vous ne réalisent peut-être pas qu'il existe un lien, pour ainsi dire, entre le Cercle canadien et le CRTC. Graham Spry, dont plusieurs se souviendront comme un défenseur passionné de la radiodiffusion publique au Canada, est devenu secrétaire du Club en 1926.
À l'extérieur du Club, en 1932, son travail a mené à la création de la Commission canadienne de radiodiffusion, précurseur immédiat de CBC/Radio-Canada, à l'époque du gouvernement de R. B. Bennett.
À ce moment-là, la Commission jouait un double rôle. Elle créait et diffusait des émissions, tout en voyant à la réglementation de l'industrie canadienne de la radiodiffusion. En ce sens, certains pourraient la considérer aussi comme un précurseur du CRTC d'aujourd'hui.
Bien sûr, Spry était un chaud partisan des recommandations de la Commission Aird, qui avait proposé la mise sur pied d'un système national de radio publique au Canada.  Deux décennies plus tard, Robert Fowler a donné suite aux travaux de la Commission Aird. Il s'est penché sur les rôles que pourraient jouer les radiodiffuseurs publics et privés en vue de financer le système canadien de radiodiffusion. Parmi ses recommandations, l'une visait à ce que le gouvernement crée un organisme de réglementation indépendant afin de superviser la radiodiffusion — l'institution que j'ai le privilège de diriger aujourd'hui.

Un changement fondamental

Affirmer que les choses ont excessivement changé depuis l'époque de Graham Spry et de Robert Fowler serait d'une évidence certaine. Au fil du temps, la réglementation s'est complexifiée, les médias se sont intégrés davantage et les joueurs sont devenus plus sophistiqués. En particulier, l'évolution technologique a été intense et a entraîné des changements profonds. La radio a mené à la télévision, la télévision a mené à la distribution par câble et par satellite, et Internet à large bande a tout changé.
Actuellement, il s'opère un changement fondamental dans le paysage télévisuel. Les gens regardent le contenu sur les appareils qui leur conviennent le mieux, et d'une façon et au moment qui leur conviennent le mieux. Résultat : le rôle du radiodiffuseur évolue. Dans le passé, un radiodiffuseur était un intermédiaire entre les producteurs de contenu et les téléspectateurs. De nos jours, cette fonction n'est plus aussi essentielle car les gens qui veulent regarder du contenu peuvent choisir parmi des centaines de stations de télévision et un nombre incalculable de chaînes Internet pour trouver ce qui les intéresse.
Même le rôle du téléspectateur est en train de changer. D'un récepteur passif de contenu télévisuel, il devient en quelque sorte un agrégateur actif et autonome. La question fondamentale à laquelle cette personne doit répondre chaque soir n'est plus « qu'est-ce qu'on présente» mais bien « qu'est-ce que j'ai envie de regarder? »
Quand vous retirez le quand et le comment de l'expérience de visionnement, il ne vous reste plus que le quoi. Et le quoi — le contenu, autrement dit — n'a jamais été aussi important.
L'avenir de la télévision réside dans le contenu, ce n'est pas nouveau. L'idée que le « contenu est roi » a été soulevée tellement souvent que c'est devenu un cliché. Même Robert Fowler a écrit dans son rapport, en 1965, que « la seule chose qui importe vraiment en matière de radiodiffusion, c'est le contenu; tout le reste n'est que gestion courante ». L'élément vraiment nouveau, celui qui change les règles du jeu, c'est l'effet direct des réseaux à large bande qui facilitent la distribution du contenu audiovisuel. Ces réseaux permettent aux gens qui visionnent du contenu de passer outre aux détenteurs traditionnels du contenu, les réseaux de radiodiffusion.
Oui, le contenu demeure roi; mais il y a une vérité incontestable : le téléspectateur est empereur.

L'ère de l'abondance

Pensez-y : pour chaque heure où un Canadien est éveillé, il peut choisir parmi plus de 1 300 heures de télévision traditionnelle, si on tient pour acquis qu'il ne fait rien d'autre que dormir, écouter la télévision et s'adonner à du multitâches pour tout le reste. De plus, on estime que 300 heures de vidéo sont téléversées sur YouTube chaque minute de chaque jour de chaque mois.
Aujourd'hui, il y a 32 % plus de productions télévisuelles et cinématographiques canadiennes qu'en 2003, au moment où Clifford Lincoln a signé son rapport parlementaire sur la radiodiffusion intitulé Notre souveraineté culturelle.
Mesdames, Messieurs, au chapitre du contenu vidéo, nous vivons dans une ère d'abondance. Le contenu est partout dans Internet et à la télévision. Et il est à notre disposition à toute heure du jour ou de la nuit, sur l'appareil de notre choix. L'ironie dans tout cela, c'est qu'il s'agit de notre plus grand défi. Que nous soyons créateurs, distributeurs, téléspectateurs ou même membres d'un organisme de réglementation, l'idée pour nous tous est de s'adapter à la vie dans cette nouvelle ère. Car ce ne sera pas facile.
Le CRTC évolue. Pour paraphraser la célèbre remarque de John F. Kennedy en 1962, « nous choisissons de faire cela non pas parce que c'est facile, mais justement parce que c'est difficile ».
Ainsi, nous supprimons les obstacles à l'innovation qui ont gêné le progrès des radiodiffuseurs et des producteurs. Ce faisant, nous ouvrons la voie aux nouvelles idées — comme la découverte du contenu — et aux nouvelles approches par rapport à des concepts comme celui du contenu canadien.
Retournons pour un moment aux années 20, à Londres, en Angleterre. Graham Spry était alors un boursier de Rhodes à l'Université d'Oxford; c'est l'époque aussi où, pour la première fois, on a songé à instaurer des quotas pour les films.
À la Conférence impériale de 1926, les Britanniques ont proposé à leurs colonies, y compris le Canada, l'Australie, Terre-Neuve et l'Afrique du Sud, un système de certification pour les films, lequel était basé sur l'attribution de points en fonction du caractère britannique de la production — tant de points pour le scénariste, tant de points pour le réalisateur, tant de points pour les acteurs, et ainsi de suite. Le nouveau système avait pour objectif de protéger les films britanniques contre l'afflux de films produits par les studios américains intégrés verticalement.
Le sentiment protectionniste qui régnait à la Conférence impériale vous semble peut-être familier. Dans les années 1960, tout comme à l'époque où Graham Spry menait une campagne en faveur d'un radiodiffuseur public national, les Canadiens s'inquiétaient qu'une vague télévisuelle géante nous arrive des États-Unis, et engloutisse nos producteurs et notre contenu.
C'est pourquoi, en 1968, le Parlement a créé le CRTC et lui a confié le mandat d'appliquer la Loi sur la radiodiffusion. Il en a suivi une toile complexe de règlements conçus afin de faciliter la création et la distribution de contenu produit par des Canadiens. Et aujourd'hui, près de 90 ans plus tard, la définition du contenu canadien renvoie encore à un système de points élaboré la même année où l'Allemagne a joint la Société des Nations et où l'affaire King-Byng a été résolue.
Cela dit, je ne veux pas être trop critique envers le passé. Pendant des années, ce modèle a réussi à atteindre ses objectifs. Les règlements, qui agissent en appui à la télévision canadienne, ont contribué à créer une industrie prospère qui emploie près de 60 000 Canadiens. Chaque année, le soutien accordé aux productions canadiennes de télévision s'élève à plus de 4 milliards de dollars. Ces fonds ont été investis dans des émissions vendues à l'échelle mondiale et vues par des auditoires ici et partout dans le monde.
Certains vous diront, comme ils l'ont fait lors de notre audience publique l'automne dernier, que tout va bien et qu'il n'y a pas lieu de procéder à de grands changements. Aujourd'hui, je suis ici pour vous dire que ce modèle ne fonctionnera plus. En cette ère d'abondance, où les gens peuvent choisir parmi une multitude d'émissions sur autant de plateformes, les quotas sont l'équivalent de vouloir résoudre la quadrature du cercle. La réalité de ce Nouvel Âge est que la qualité n'a jamais été aussi importante.
La feuille de route vers l'avenir ne se trouve pas dans le rétroviseur de l'agence de réglementation.
Certains radiodiffuseurs comprennent cela. Par exemple, HBO a connu énormément de succès en concevant des séries d'une qualité que l'on trouverait dans une salle de cinéma. Chaque saison comporte moins d'épisodes, mais les histoires ont été ramenées à leurs éléments les plus essentiels afin d'en faire les meilleures séries qui soit. Au cours des dernières années, d'autres ont repris ce modèle, par exemple AMC, Netflix et la BBC. À présent, les réalisateurs de cinéma veulent faire de la télé.

La décision d'aujourd'hui

Aujourd'hui, nous avons annoncé des modifications importantes afin de faire entrer la réglementation du CRTC et la télévision canadienne dans l'ère de l'abondance. Vous pouvez lire notre décision si vous désirez en connaître les détails. Mais je vous préviens : il y a 323 paragraphes, ce qui montre la complexité de simplifier des règles qui ont été adoptées successivement depuis 50 ans. Pour l'instant, je veux m'attarder à trois mesures.
Tout d'abord, nous avons réduit les quotas concernant la quantité d'émissions canadiennes que doivent diffuser les stations de télévision locales et les chaînes spécialisées. Pour les années à venir, nous mettons plutôt l'accent sur les heures de grande écoute en soirée — le moment où les gens regardent encore la télévision. Les quotas à la télévision sont une notion hautement anachronique dans une ère d'abondance et dans un univers où prime le choix.
Deuxièmement, nous avons supprimé les règles qui interdisaient à des chaînes spécialisées, comme HGTV Canada et MusiquePlus, de diffuser certains types d'émissions, essentiellement pour les mêmes raisons.
Enfin, nous avons exigé que tous les radiodiffuseurs investissent financièrement dans les émissions que créent les Canadiens. Car nous voulons que les créateurs et les distributeurs choisissent la qualité plutôt que la quantité.
Une telle approche crée un cycle vertueux où l'industrie investit afin de créer de meilleures émissions, ce qui ajoute à la valeur du système, ce qui génère à son tour plus d'argent à réinvestir dans le contenu que créent les Canadiens. Plus important encore, cela favorise un contexte où les Canadiens veulent regarder le contenu de nos créateurs — non pas parce qu'on les y force, mais parce que c'est du bon contenu – voire de l'excellent contenu!

À la découverte des contenus

Cependant, je sais qu'investir dans les productions canadiennes n'est pas la seule solution pour accroître leur visibilité auprès des auditoires. Il faut faire plus afin que les Canadiens connaissent nos meilleures émissions. Nous pensons aussi à cela. Plus tard cette année, le CRTC organisera un Sommet de la découverte, qui réunira des innovateurs et des chefs de file visionnaires des secteurs public et privé, du Canada et de l'étranger. Les discussions porteront sur la mise au point de solutions techniques liées au défi entourant la découverte de contenu.
Le Sommet a pour but de changer notre vision, rien de moins. Il vise à susciter de nouvelles façons de penser par rapport aux outils et aux méthodes qui permettront de mettre les téléspectateurs en relation avec le contenu qu'ils désirent, en cette ère d'abondance caractérisée par la fragmentation et les micromarchés.
Au fait, il ne s'agit pas ici de réinventer la roue. Les grandes entreprises en ligne, comme Amazon et Netflix, utilisent la technologie numérique tous les jours pour faire cela. Ils utilisent des algorithmes complexes afin de recommander du contenu que vous devriez apprécier : des électroménagers, des films ou des livres. Mais pour la télévision, c'est un changement de mentalité important.
Comme je l'ai mentionné plus tôt, traditionnellement, les radiodiffuseurs ont été détenteurs du contenu. Ils ont créé des liens entre les créateurs et les téléspectateurs, et ont dicté le moment et la manière de diffuser une émission. Cependant, la technologie à large bande a fait en sorte que leur rôle est moins important. Certainement, ils donnent rendez-vous aux téléspectateurs pour voir du contenu en temps réel, par exemple les nouvelles, les sports, les émissions de téléréalité, les concours de talent en direct et la couverture électorale.
Mais comme les gens peuvent désormais choisir le moment et l'endroit pour visionner du contenu, les radiodiffuseurs ne continueront pas à jouer un rôle aussi crucial pour ce qui est de faire le pont entre les auditoires et les créateurs de contenu. Dans le paysage médiatique de l'avenir, les radiodiffuseurs perdent leur rôle d'intermédiaire. Conséquemment, les créateurs devront travailler plus que jamais pour joindre les téléspectateurs. Après tout, à quoi bon créer le meilleur contenu au monde si personne ne peut le trouver et l'apprécier. La découverte importe plus que tout.
En particulier, nous voulons que les Canadiens puissent trouver le contenu que créent les Canadiens. Chaque année, des milliards de dollars sont investis dans la création d'émissions canadiennes. Toute société doit investir ainsi dans les arts, y compris les films et les émissions de télévision. Ceux-ci permettent une réflexion sur notre identité et sur la direction dans laquelle est engagé notre pays. Mais si les Canadiens ne peuvent pas trouver ces créations, alors inévitablement celles-ci perdent leur valeur propre et commerciale. Les émissions canadiennes sont excellentes mais elles doivent être plus. Elles doivent pouvoir être trouvées.
Le Sommet sur la découverte contribuera à mettre en relation le contenu que créent des Canadiens avec les Canadiens eux-mêmes et le reste du monde, de façon à ce que ce contenu et ses créateurs puissent prendre leur place aux palmarès planétaires.

Créer du contenu pour la scène internationale

Certains pourraient rechigner à l'idée que les émissions canadiennes sont en mesure d'atteindre les mêmes sommets que les émissions créées dans d'autres grands marchés du monde. Pas moi. Je sais qu'elles peuvent réussir. Il n'y a aucune raison de penser que nos productions télévisuelles ne peuvent pas gravir les plus hauts sommets, comme l'ont fait des musiciens tels Drake, Arcade Fire ou Cœur de pirate et Alex Nevsky. Elles le peuvent, à la condition que le cadre au sein duquel elles évoluent change et soit moins rigide. Au cours des dernières années, à l'échelle planétaire, nous avons été le deuxième ou troisième exportateur de talents musicaux. Nous pouvons faire de même en télévision.
Peut-être avez-vous entendu parler de l'émission The Code, la plus récente émission de suspense à saveur politique à faire son entrée en ondes. Cela vient d'Australie et c'est excellent. Downton Abbey est une production tout aussi brillante, produite au Royaume-Uni. Borgen et The Killing ont fait connaître le Danemark au monde entier. Vous noterez qu'aucune de ces productions ne vient des États-Unis, car il n'est pas dit que le vrai bon contenu doit toujours venir de nos voisins du sud. Il peut se faire à Canberra, à Londres, à Copenhague ou ici-même à Ottawa.
Si les Britanniques, les Australiens et les Danois sont en mesure de créer des émissions et des films pour la télévision d'envergure internationale, pourquoi cela ne serait-il pas notre cas? Qu'est-ce qui a empêché les Canadiens de transformer L'Histoire de Pi et Le Patient anglais — deux romans écrits par des auteurs canadiens de classe mondiale dont on applaudit le travail partout sur la planète — en productions canadiennes?
Ce n'était pas le manque d'acteurs et de créateurs talentueux, ni même l'accès à d'excellents studios d'enregistrement. Tout cela abonde au Canada. La récente édition des prix Écrans canadiens a montré que nous possédons un vaste bassin de gens talentueux, qu'il s'agisse des réalisateurs, des acteurs, des « show runners » ou des scénaristes. Je salue leurs réussites.
On ne peut imputer tout cela à l'effritement de la valeur du dollar. Les producteurs d'Hollywood ont fait des tournages au Canada même lorsque notre dollar était à parité avec le billet vert.
Ce n'est même pas un manque d'argent dans le système.
Nous pouvons puiser dans une matière riche qui est la nôtre. Yann Martel et Michael Ondaatje sont loin d'être les seuls auteurs canadiens à avoir écrit des meilleurs vendeurs absolument mémorables.
Il y a aussi Margaret Atwood, Yves Beauchemin, Pierre Berton, Joseph Boyden, Eleanor Catton, Lynn Coady, Arlette Cousture, Michael Crummey, Michael Delisle, Alain Farah, Bill Gaston, Lawrence Hill, Frances Itani, Thomas King, Robert Lalonde, Stephen Leacock, Roger Lemelin, Missy Marston, Stuart McLean, Margaret McMillan, Andrée Michaud, Rohinton Mistry, Wajdi Mouawad, Alice Munro, Fred Pellerin, Andrew Pyper, David Adams Richard, Claire Holden Rothman, Gabrielle Roy, Raziel Reid, Bill Richardson, Mordecai Richler, Jocelyne Saucier, Carol Shields, Joan Thomas, Kim Thuy, Miriam Toews, Larry Tremblay, Jane Urquhart…
Plusieurs autres noms pourraient être ajoutés à la liste. Je me suis seulement arrêté car j'avais besoin de reprendre mon souffle. L'idée est celle-ci : le Canada possède des écrivains remarquables reconnus internationalement.
De plus, notre histoire militaire, politique et sociale est un terreau fertile pour de nouveaux récits et de nouveaux documentaires, qui permettraient d'enrichir notre sens d'identité commune.
Une partie du problème réside dans la réglementation. Et au CRTC, nous assumons notre part du blâme. Les organismes de réglementation et les gens responsables de la certification du contenu créé par les Canadiens s'empêtrent souvent dans les détails d'une production avant de décider d'accorder le financement. Nous fondons nos décisions sur des règles de certification dont l'ADN remonte à la Conférence impériale de 1926.
Qu'est-ce que ça change si le tigre dans L'Histoire de Pi n'est pas canadien? Ou si le roman ne se déroule pas sur le fleuve Saint-Laurent? Évidemment, absolument rien. Que l'histoire soit le fruit du brillant travail d'un Canadien, dont les réalisations ont été célébrées partout dans le monde, dont le point de vue sur le monde est Canadien, voilà ce qui compte.
Des Canadiens dont le talent est de calibre mondial sont présents ici au Canada et à Hollywood. De fait, selon certaines évaluations, il y a plus de 100 000 Canadiens qui travaillent à Los Angeles en tant qu'acteurs, comédiens, réalisateurs et producteurs ou qui assument d'autres rôles liés à la création, à la technique et aux affaires. Il y a quelques semaines, deux d'entre eux sont repartis avec un Oscar.
Tant et aussi longtemps que l'histoire est racontée par un Canadien, trouvons les personnes les plus talentueuses pour y travailler et réalisons une œuvre qui va conquérir le monde. Oubliez la signature « créé au Canada ». Nous voulons du contenu qui est créé PAR le Canada.
Voilà pourquoi nous utilisons deux projets pilotes afin de redéfinir les productions canadiennes. Nous voulons faciliter les choses pour le prochain grand roman canadien afin qu'il puisse devenir le prochain grand film canadien ou la prochaine grande mini-série canadienne à la télévision. Mais nous n'y arriverons pas seuls. D'autres responsables du financement et de la certification doivent changer leur façon de voir les choses.
L'autre partie du problème réside dans le manque d'innovation. Les radiodiffuseurs et les producteurs indépendants doivent dépenser davantage afin de créer un contenu de meilleure qualité. Ils doivent mettre l'accent sur la qualité plutôt que sur la quantité. De plus, ils doivent allouer une plus grande partie de l'argent habituellement réservé à la production pour la promotion. Nous les mettons au défi de faire ces deux choses afin que les auditoires canadiens et étrangers apprennent à connaître leurs productions et veulent les regarder.

Préparer l'avenir

Nous laissons aller les vestiges du passé — les quotas, la protection du genre, le critère de certification — afin de permettre à notre système de télévision de saisir l'avenir, et nous le faisons en toute confiance.
L'ère de l'abondance est arrivée et nous entendons relever les défis qui y sont associés en position de force. Nous avons l'argent dans notre système pour créer et promouvoir d'excellents programmes : nous avons des gens talentueux pour concrétiser ces émissions; et nous avons des téléspectateurs qui veulent du contenu novateur. Et comme l'ont montré les récents Jeux olympiques et paralympiques d'hiver, le Canada possède la passion nécessaire pour monter sur le podium.
À des degrés divers, la télévision canadienne a réussi dans un contexte nord-américain très difficile. Nous avons connu des succès d'envergure internationale avec des émissions comme Orphan Black, Vikings and Degrassi; mais il nous reste à forger une image de marque canadienne durable, associée à la victoire, prête à faire concurrence pour l'emporter.
Nous sommes à la croisée des chemins. Nous pouvons choisir le statu quo dont l'élément central est une vision de la télévision essentiellement linéaire. Cette voie est connue, elle est éprouvée, mais elle ne nous prépare pas pour un avenir incontournable, un avenir qui est entièrement axé sur le téléspectateur.
La deuxième voie est moins connue. Pour certains, elle inspire donc la crainte. À certains égards, elle est imprévisible. Mais son caractère perturbateur peut en faire un haut lieu de créativité, un milieu original où triomphent les véritables entrepreneurs et innovateurs. Le CRTC a choisi de s'engager sur cette voie.
Notre décision en janvier dernier était la première étape dans cette direction. Je serai honnête : elle n'a pas fait l'unanimité. Certains nous ont dit qu'elle n'allait pas assez loin, et d'autres le contraire. Nous accueillons ces critiques en toute sérénité. Si nos décisions réjouissaient toujours les joueurs de l'industrie que nous réglementons, nous n'accomplirions pas notre travail — soit servir l'intérêt public, plutôt que leurs intérêts privés.
Au cours des prochaines semaines, nous annoncerons deux autres décisions dans la foulée de notre conversation Parlons télé.
Si vous entendez des critiques au sujet de nos décisions, posez-vous la question suivante : les arguments que ces critiques mettent de l'avant sont-ils favorables à l'intérêt public ou trouvent-ils plutôt leur source dans un sentiment imprégné de droits acquis, et enrobés d'une telle façon qu'on croirait qu'ils s'appuient sur l'intérêt public?
Cette ville est remplie de lobbyistes dont le travail consiste à présenter les intérêts de leurs clients sous un jour favorable, à se draper, pour ainsi dire, de la feuille d'érable, et à parler de la Colline parlementaire en affichant un air de stupeur et de consternation.
Je respecte leur droit d'agir ainsi, mais je respecte davantage les droits, les attentes et les souhaits des Canadiens que nous servons.

Conclusion

Les changements que nous apportons ne seront pas faciles à accepter pour tous. Certains connaîtront des accrocs. Le succès ne sera pas l'affaire de tous. Certains vont prospérer, d'autres vont échouer. De nouveaux joueurs vont apparaître. Mais je peux vous assurer que c'est le bon chemin vers l'avant. Nous devons tous nous imposer le défi du changement. Et je ne parle pas seulement des créateurs, des producteurs et des radiodiffuseurs. Le CRTC, les responsables des politiques et les organismes de financement doivent aussi épouser le changement et saisir les nouvelles occasions.
Comme l'a évoqué John F. Kennedy, nous ne faisons pas cela car ce sera facile et dépourvu d'obstacles. Même si ce sera difficile, nous devons aller dans cette direction. Le monde évolue et nous devons nous préparer pour l'avenir avant qu'il ne soit trop tard.
Rappelez-vous, comme c'est souvent le cas avec le changement, que « cela paraît toujours impossible, jusqu'à ce que cela devienne réalité ».
Merci.

Source : http://nouvelles.gc.ca/web/article-fr.do?nid=947239

19 février 2015

Crédit d'impôt pour la production multimédia : l'Alliance numérique toujours inquiète

À part les studios indépendants, les grands joueurs... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)
À part les studios indépendants, les grands joueurs font partie de multinationales, comme Ubisoft (photo), qui dépendent des décisions des patrons hors Québec.
PHOTOTHÈQUE LE SOLEIL, PASCAL RATTHÉ















Le premier budget du ministre des Finances Carlos Leitão, qui réduisait les crédits d'impôt de 37,5 % à 30 % pour la production multimédia, a non seulement coupé le souffle à l'ensemble des studios de jeux du Québec, mais ses conséquences risques de provoquer des effets insoupçonnés : diminution des investissements des multinationales dans leurs studios québécois, arrêt des embauches, voire transfert des activités dans une autre province ou un autre État.
Pire encore, l'expertise reconnue dans ce domaine au Québec pourrait fuir vers d'autres lieux alors que la croissance fulgurante des dernières années a fait en sorte que des experts de l'étranger sont venus cogner à la porte des studios québécois pour y faire leur place, et des expatriés québécois sont revenus dans leur pays d'origine.
Malgré les profits, Electronic Arts a fermé le studio Viceral Games et effectué des mises à pied massives chez EA Mobile à Montréal. Des entreprises ont laissé savoir au Soleil qu'elles préféreraient poursuivre leur développement avec des bureaux satellites ailleurs, même si elles étaient bien implantées au Québec. Des spécialistes de l'électronique songent à déménager dans des États américains plus au sud pour les avantages fiscaux ou dans une autre province.
En juin, plusieurs organismes comme l'Alliance numérique reprochaient au ministre Leitão son absence de consultation. Entre 2002 et 2014, le nombre d'emplois dans le monde du jeu vidéo est passé de 1000 à 10 000. Pour l'instant, personne ne semble avoir envie de mettre sur la table des plans de croissance dans un climat d'austérité et d'incertitude.
Retour sur l'investissement de 7 %
Pour l'Alliance numérique, qui regroupe la plupart des entreprises, grandes ou petites, du monde du jeu au Québec, la preuve a été faite que ce crédit remboursable était profitable pour le gouvernement avec un retour de 7 % sur l'investissement, ce qui est de loin supérieur aux intérêts versés sur les obligations d'épargne.
«L'étude que nous avons commandée à KPMG et déposée à la commission Godbout, dans son scénario conservateur, montrait un rendement de 7 %, mais dans la réalité, c'est plus encore», soutient Martin Carrier, président de l'Alliance numérique et directeur du studio WB Games de Montréal. «Les employés qui ont un salaire moyen de 72 000 $ payent des impôts, des taxes et vont vivre de nombreux commerces par leurs dépenses.»
Le crédit d'impôt qui permet de réduire la masse salariale, s'il semble être perçu comme un coût pour le ministre des Finances, il devrait être vu plutôt comme un investissement dans la création d'emploi.
Avec Martin Rhéaume, représentant de Frima au conseil d'administration de l'Alliance, Martin Carrier, affirme que les studios n'ont pas vraiment le choix de fonctionner avec une grande prudence, même de rouler un pied sur les freins, ne sachant pas ce que le ministre Leitão fera des recommandations du rapport Godbout dans son prochain budget. Et le frein, il s'applique essentiellement dans la création d'emploi. Si l'embauche n'est pas totalement gelée, les nouveaux employés sont engagés en vertu d'un contrat à échéance déterminée, donc sans permanence.
«Nous sommes prêts à continuer à créer de l'emploi dans ce secteur où les salaires sont intéressants, soulignent les deux hommes, mais il y a un malaise évident. Nous avons livré la marchandise au fil des ans. Il y a eu plein de créations d'entreprises associées au monde du jeu que ce soit dans la musique, les dialogues des personnages, les effets et l'animation 3D. Ces entreprises écoperont si les grands studios tournent au ralenti. Il faut que le ministre des Finances nous donne des signes qui encouragent les entreprises à poursuivre leur croissance ici au Québec.»

L'herbe est plus verte chez les voisins

Le conseil d'administration de l'Alliance numérique, réuni à Québec dans les bureaux du studio Frima mardi, devait discuter des conséquences des coupes du dernier budget Leitão, étant donné que la plupart d'entre eux préparent les plans d'investissements pour 2015 et 2016.
Sachant qu'un jeu de type triple A prend de 24 à 36 mois de gestation entre l'idée de création et sa sortie, l'incertitude actuelle concernant les crédits d'impôt crée un climat d'inquiétude, surtout lorsqu'une entreprise pense à allonger 50, 60 ou 70 millions $ dans une production de grande envergure.
Il y a très peu de studios indépendants parmi les grands employeurs. À part Frima et Behaviour, les autres sont de taille plus petite, comme Sarbakan, avec moins de 100 employés, et les petits studios indépendants de moins de 20 employés sont très nombreux.
Les autres grands joueurs font partie de multinationales, comme Ubisoft Montréal, qui, même s'il est le fer de lance de la compagnie mère en France, il dépend des décisions des grands patrons hors Québec.
Même chose pour WB Games Montréal, qui relève de Warner Bros. Entertainement, aux États-Unis, de Beenox avec Activision comme propriétaire, EA Montréal sous la direction d'Electronic Arts, aux États-Unis, qui n'a pas hésité à faire des congédiements malgré la rentabilité de l'ensemble de l'organisation.
Les grands patrons acceptent les projets des studios en fonction de la rentabilité et du retour sur l'investissement. Ils n'accepteront pas d'expansion au Québec ni de création d'emploi s'ils se laissent charmer par l'Ontario avec ses crédits d'impôt à 50 % devant le 30 % du Québec.
Toutes les provinces canadiennes ont des crédits plus intéressants que le Québec, soutiennent Martin Carrier et Martin Rhéaume, de l'Alliance numérique. Des États américains aussi, mais il y a d'autres pays, comme les Philippines ou Singapour, qui sont très actifs pour attirer de l'expertise et des emplois chez eux.
En juin, Le Soleil rapportait que pour Ubisoft, qui compte plus de 3000 employés à Montréal et à Québec, la perte dépasse 15 millions $ pour l'ensemble des crédits. Chez WB Games Montréal, la perte serait de 2,2 millions $. Les retombées des crédits étaient évaluées à quelque 740 millions $ dans l'économie locale alors que les coupes feront fondre 270 millions $ dans le déficit de la province.
Par Yves Therrien

13 février 2015

Radio-Canada en transformation

Pour son premier déjeuner-causerie de l'année 2015, l'Académie canadienne du cinéma et de la téévision a reçu le 12 février dernier, Louis Lalande, vice-président principal de Radio-Canada afin d'exposer le plan d'action du diffuseur public face aux défis de l'industrie francophone de la télévision et des médias numériques. Voici son discours.


'Bonjour, 

Je voudrais vous remercier d’être ici ce midi. Je suis très heureux d’être avec vous aujourd’hui pour vous parler de télévision. D’ailleurs, j’aimerais remercier l’Académie pour avoir organisé ce dîner-conférence.

Il s’est dit beaucoup de choses sur Radio-Canada ces derniers mois. Cet automne, plusieurs personnes ont questionné publiquement la pertinence de nos choix stratégiques. On a aussi spéculé sur l’effet potentiel des réductions de budget et de personnel sur notre capacité à remplir notre mandat.

En fait, c’est l’avenir même du diffuseur public qui était, et qui est encore, au cœur des préoccupations. Derrière tout cela, il y a une bonne nouvelle. Si plusieurs milliers de personne sortent dans la rue pour manifester leur attachement au diffuseur public, s’ils participent à tous ces spectacles de soutien qui se déroulent dans différentes régions, c’est certainement parce qu’ils considèrent que Radio-Canada a un rôle important à jouer dans la société et dans leur vie. « Il n’y a pas de service public sans public ! » 

Rassurez-vous, nous aussi, on est préoccupés par l’avenir du diffuseur public. C’est pourquoi on agit pour transformer Radio-Canada. Un espace pour nous tous, le plan stratégique de CBC/Radio-Canada qui a été lancé en juin, trace notre trajectoire à long terme.

Aujourd’hui, je viens vous présenter notre plan d’action. Oui, nous savons où nous voulons amener Radio-Canada dans les prochaines années et non, on ne veut pas démanteler le diffuseur public. On veut le moderniser puisqu’il en a besoin. 

Notre objectif, c’est de maintenir notre leadership dans l’industrie francophone des médias. Ce leadership est essentiel pour que nous puissions continuer de remplir notre mandat auprès des francophones du pays. C’est la meilleure façon d’assurer l’avenir du diffuseur public.

J’aimerais aussi aborder avec vous certains enjeux qui touchent l’industrie des médias, parce que notre transformation ne se fait pas en vase clos. C’est toute l’industrie qui est bousculée. Pour moi, il est clair que nous devons travailler avec vous, nos partenaires, pour réussir cette transformation.

Au cœur des défis que nous devons relever, il y a le contenu. Plus précisément, notre capacité à continuer de produire et générer du contenu original dans lequel les francophones se retrouvent et se reconnaissent. Aussi, il y a une autre chose dont il faut se préoccuper : il faut le rendre facilement accessible à tous nos auditoires dans un environnement multiécran.

Aujourd’hui, vous le savez comme moi, nos auditoires ont accès plus facilement que jamais au meilleur de ce qui se fait partout dans le monde. Les jeunes, par exemple, semblent avoir intégré rapidement cette notion dans leurs habitudes d’écoute. 

La professeure en communications Christine Thoër, de l’UQAM, a partagé récemment les résultats préliminaires d’une étude qu’elle mène présentement. Cette étude porte sur les habitudes d’écoute de séries télé sur le web des 18-24 ans.

Selon ce qu’elle a appris, la provenance de ce que ces jeunes écoutent ne semble pas être un enjeu pour eux.1 En fait, il est fréquent qu’ils regardent des contenus qui circulent en ligne sans même être en mesure de les attribuer à une chaîne !

Ce que les jeunes recherchent avant tout, nous dit la professeure Thoër, c’est l’autonomie, c’est-à-dire la possibilité de voir ce qu’ils veulent, quand ils le veulent, d’éviter les publicités et d’avoir accès à des contenus plus diversifiés que l’offre télé actuelle. 

C’est révélateur sur les nouvelles habitudes d’écoute qui se développent présentement. Alors, derrière cela, il y aussi l’enjeu du contenu. Parce que du moment où nos auditoires ne se reconnaissent plus dans la programmation que nous leur proposons, ils ont la possibilité d’aller chercher ailleurs dans le monde un contenu qui les interpelle et ce contenu est plus accessible que jamais.

Quand je suis arrivé en poste en janvier 2012, j’ai lancé un vaste chantier de transformation et de positionnement. À ce moment, mon idée était de donner à Radio-Canada la capacité de s’adapter plus facilement et plus rapidement aux nouvelles habitudes et attentes de ses auditoires.

Devant la diminution de nos crédits parlementaires, annoncée en avril de la même année, et face à la baisse régulière de nos revenus publicitaires, nous savions que nous avions des choix difficiles devant nous. Il fallait poser rapidement des gestes significatifs pour amorcer cette transformation qui devenait plus nécessaire que jamais.

Par exemple, nous avons déposé une demande de révision de nos structures syndicales auprès du Conseil canadien des relations industrielles. Aussi, nous avons poursuivi notre évolution technologique, en regardant plus attentivement notre façon d’utiliser cette technologie pour être encore plus efficaces et plus agiles. Et nous avons commencé à examiner en profondeur notre façon de gérer les droits que nous négocions tous les jours pour les besoins de nos différentes plateformes.

Nous avons aussi réalisé un projet de positionnement qui nous a permis de créer une marque plus forte et plus cohérente dans un univers multiplateforme et multiécran. Les résultats sont probants puisque trois sondages récents sur les marques au Québec ont encore une fois placé Radio-Canada dans le top 10 des marques les plus influentes ou les plus admirées par les Québécois.

Comme vous pouvez le constater, la transformation du diffuseur public est déjà en marche depuis un certain temps. 

Mais aujourd’hui, nous sommes appelés à accélérer cette transformation. Pourquoi? Les pressions économiques se font de plus en plus fortes. Si nous ne réduisons pas rapidement nos coûts fixes, nous n’aurons plus la capacité d’investir suffisamment là où ça compte, c’est-à-dire dans le contenu!

Si on veut continuer de remplir notre mandat comme diffuseur public, il faut demeurer pertinent aux yeux de nos auditoires. Cela passe nécessairement par notre capacité à offrir le bon contenu, sur la bonne plateforme, au bon moment.

C’est pourquoi nous avons développé un plan d’action en trois points qui nous permettra de continuer à moderniser Radio-Canada. 

Le premier élément de notre plan d’action concerne notre stratégie de contenus multiécrans. Il y a deux semaines, j’ai annoncé le regroupement d’ICI ARTV et d’ICI Explora sous la direction de la Télévision. J’ai aussi annoncé qu’ICI Tou.tv, de même que les séries web et la zone Télé d’ICI Radio-Canada.ca, seront elles aussi sous la responsabilité de Dominique Chaloult, notre nouvelle directrice générale de la Télévision. 

Cela coïncide avec l’acquisition complète d’ICI ARTV par Radio-Canada. D’ici le 31 mars prochain, nous complèterons le rachat des actions qui étaient jusque-là détenues par ARTE France. Enfin, il y a quelques mois, nous avons regroupé l’ensemble des équipes responsables de la négociation et de la gestion des droits sous une même direction.

Notre objectif avec toutes ces actions ? Donner une plus grande cohérence dans les stratégies d’acquisition et de diffusion de contenus pour l’ensemble de nos plateformes télé généraliste, spécialisées et numériques. Cela nous permettra d’augmenter notre impact auprès des auditoires.

Dans un environnement où nos auditoires choisissent de plus en plus de regarder leurs séries télé préférées en différé, en rattrapage et même en rafale, le défi d’être présent au bon moment, sur la bonne plateforme avec le bon contenu est plus grand que jamais.

On est déjà à l’œuvre. Durant le Temps des Fêtes, nous avons offert les trois premiers épisodes de la deuxième saison de Nouvelle adresse. Cela fait partie des stratégies de diffusion que nous testons, avec des résultats très positifs d’ailleurs.

Nous croyons beaucoup au potentiel de notre stratégie de contenus multiécrans. Mais sa mise en œuvre soulève aussi son lot de défis pour l’industrie, sur lesquels je reviendrai plus tard.

Le deuxième élément de notre plan d’action vise à accroître l’impact de notre empreinte numérique. En télévision, il est clair que notre stratégie numérique passe par ICI Tou.tv, une superbe idée de service public lancée il y a cinq ans et adoptée rapidement par les francophones.

Déclinée sur le web, en mobilité, sur les télé connectées et les consoles de jeu, ICI Tou.tv a été notre première plateforme véritablement multiécran. Aujourd’hui, le quart des francophones au pays utilisent notre plateforme.2 En mars dernier, nous avons lancé le forfait « Extra », une section sur abonnement qui en offre encore plus aux mordus de télévision.

L’impact d’ICI Tou.tv dans le marché francophone est tel depuis cinq ans que même le président du CRTC, Jean-Pierre Blais, l’a récemment citée en exemple. En fait, il se disait impatient de voir, dans le marché anglophone, une plateforme comme la nôtre, accessible à tous et qui mise sur le contenu canadien. 

Mais toute bonne idée génère de la concurrence et l’environnement dans lequel ICI Tou.tv évolue a changé considérablement. C’est pourquoi nous allons continuer à la développer et l’enrichir afin qu’elle demeure LA plateforme incontournable dans le marché francophone de la télévision et des médias numériques.

Évidemment, notre offre numérique est beaucoup plus large.

ICI Radio-Canada.ca demeure un des sites web média les plus consultés par les francophones au pays. L’information occupe une place centrale dans notre offre web et mobile. Nous continuerons d’élargir notre présence numérique en information, notamment avec nos magazines d’affaires publiques, dont la réputation en matière de profondeur, de qualité et de richesse de contenu n’est plus à faire. 

Nous avons aussi annoncé, en décembre dernier, une stratégie régionale qui nous amènera à être encore plus présents sur les plateformes numériques et mobiles dans chaque région du pays.

Nous avons la chance de pouvoir compter, à Radio-Canada, sur une offre régionale extrêmement performante. L’écoute de nos téléjournaux régionaux, de notre offre en radio le matin et en après-midi, ainsi que la fréquentation de nos sites web régionaux sont en progression constante.

Ce déploiement numérique en région, particulièrement en information, doit nous permettre de mieux rejoindre nos auditoires tout au cours de la journée.

Le troisième élément de notre plan d’action concerne l’espace de création dynamique et stimulant que Radio-Canada doit continuer d’incarner. 

Au printemps et à l’automne dernier, vous avez vu et entendu plusieurs de nos artisans s’exprimer sur l’impact des réductions sur leur travail. Nos syndicats se sont aussi exprimés abondamment sur la question, utilisant toutes les tribunes disponibles pour critiquer les décisions de la direction. 

Je ne viendrai pas ici nier le fait que les compressions minent le moral des troupes. Le changement est déstabilisant pour tout le monde et des mesures de réduction qui touchent des collègues de travail ne sont jamais faciles à vivre, autant pour les employés qui les subissent que pour les gestionnaires qui doivent les appliquer. Je vous assure cependant que nous faisons tout notre possible pour accompagner tout le monde le mieux que l’on peut dans ce processus.

Mais, aussi difficiles soient-elles, les réductions de personnel font malheureusement partie du processus de transformation. Ce qui m’épate toujours et qui me rassure sur notre capacité à nous adapter, c’est cette résilience extraordinaire que j’observe à Radio-Canada face à toutes les difficultés que l’on rencontre régulièrement.

Un bel exemple de cela, c’est l’extraordinaire qualité de ce que nous avons livré dans nos programmations du Temps des Fêtes.

À cela j’inclus le travail de nos journalistes et de nos correspondants, qui ont partagé leur expérience et échangé avec nos auditoires pendant la Semaine des correspondants et qui nous ont offert leur perspective sur les évènements à surveiller dans l’actualité internationale. Soyez assurés que nos gens seront sur le terrain pour nous aider à comprendre cette réalité complexe, avec l’expertise qui caractérise ce que Radio-Canada propose depuis de nombreuses années. 

Tout cela, c’est le fruit du travail de nos artisans, des passionnés qui ont constamment à cœur d’offrir à nos auditoires les meilleures émissions, les meilleurs reportages, les meilleurs contenus. Des gens créatifs et de grande qualité, qui ont le service public tatoué sur le cœur.

Au cours des prochaines semaines et des prochains mois, nous allons travailler à redéfinir nos structures syndicales. En septembre dernier, le Conseil canadien des relations industrielles a accepté notre demande de révision en reconnaissant que nos structures syndicales n’étaient plus adéquates dans l’environnement actuel des médias.

C’est un élément important dans la transformation et la modernisation de Radio-Canada. Audelà des structures, nous allons aussi repenser la définition des emplois. Et nous allons examiner l’organisation du travail afin que cela réponde à notre nouvelle réalité.

Éventuellement, nous pourrons aborder des enjeux importants comme celui de la relève, une des grandes préoccupations soulevées ces derniers mois.

Un espace de création dynamique et stimulant pour Radio-Canada passe aussi par notre capacité d’attirer les meilleurs talents et les plus grands créateurs. C’est une des clés si on veut continuer d’offrir un contenu captivant et pertinent pour nos auditoires.

Donc, en résumé, notre plan d’action pour les prochains mois nous amènera à être présents d’une façon beaucoup plus cohérente dans l’univers multiécran. Nous aurons aussi une empreinte numérique beaucoup plus forte. Enfin, nous réaffirmerons Radio-Canada comme un espace de création dynamique et stimulant.

Mais comme je le disais au début de mon allocution, la modernisation du diffuseur public ne peut pas se faire en vase clos. Elle se fait dans un contexte où c’est toute une industrie qui se transforme.

La cohabitation des médias traditionnels et numériques, la multiplication des plateformes, l’érosion des revenus des médias traditionnels et leur migration vers le numérique... Les défis à relever sont à la hauteur de nos succès ! 

On le sait, le succès de notre industrie repose sur notre capacité d’offrir aux auditoires francophones des contenus diversifiés dans lesquels ils se reconnaissent. Si les francophones sont aujourd’hui un des publics les plus fidèles envers leur télévision, c’est qu’ils y retrouvent une programmation originale qui raconte leurs histoires et qui reflète leurs valeurs.

Ce succès s’appuie aussi sur des politiques publiques qui encouragent les créateurs et les producteurs d’ici. Et il dépend de la collaboration de tous les acteurs de l’industrie pour définir les conditions gagnantes qui nous permettront d’assurer l’avenir de notre télévision dans un environnement numérique et multiécran. 

Aujourd’hui, tout le modèle de l’industrie est construit en fonction d’une première diffusion sur une télé généraliste ou spécialisée. Cela ne convient plus à la réalité multiécran, ni aux nouvelles habitudes et attentes de nos auditoires. Il faut ajuster ce modèle.

Parmi les changements à envisager, je pense à nos ententes de droits, que nous devons repenser dans un contexte multiécran. Plus largement, nous devrons faire évoluer la relation entre producteur et diffuseur pour en arriver à établir un véritable partenariat qui réponde à la réalité d’aujourd’hui. 

Nous devons aussi examiner en profondeur la question des coûts de production, avec tout ce que cela implique. On ne peut plus simplement demander aux producteurs de réduire les coûts en coupant dans le nombre de jours de tournage ou en limitant les extérieurs, ou le nombre d’épisodes.

Au-delà des coûts de production, les pressions financières se font de plus en plus fortes sur tous les joueurs de l’industrie. Par exemple, la baisse des crédits d’impôts, au Québec comme dans les autres provinces, fera mal à tout le monde.

Mais il y aussi les décisions du CRTC dans le cadre de Parlons télé, qui auront inévitablement un impact sur le modèle économique de notre télévision. À la fin janvier, le Conseil a annoncé le maintien de la transmission en direct via les émetteurs numériques. Pour justifier sa décision, le Conseil a évoqué les principes de gratuité et d’accessibilité, ainsi que l’attachement des Canadiens envers l’offre d’information des stations locales.

Cette décision ne propose pas de solution aux enjeux économiques, qui sont pourtant bien réels pour les radiodiffuseurs. Le Conseil propose plutôt de réexaminer l’ensemble de cette question quelque part l’an prochain. Pourtant, s’il y a une chose que la crise financière de 2008 a bien démontrée, c’est la fragilité de la télévision régionale au pays.

Reste à voir maintenant ce que le CRTC proposera comme mesures pour protéger l’accessibilité des contenus, notamment ceux offerts par des diffuseurs comme Radio-Canada qui ne font pas partie de groupes intégrés comme Bell, Québécor, Rogers ou Shaw.

Devant tous ces défis, il devient de plus en plus important de repenser la façon dont tous les joueurs de l’industrie travaillent ensemble : producteurs, diffuseurs, distributeurs, artistes et artisans... À Radio-Canada, nous sommes prêts à nous assoir avec d’autres interlocuteurs qui, comme nous, veulent aller au bout de ces questions qui sont fondamentales pour l’avenir et la pérennité de notre industrie.

Nous avons d’ailleurs eu tout récemment une rencontre très productive avec les membres du conseil d’administration de l’AQPM, qui se sont dits prêts à travailler en collaboration avec nous pour faire avancer certains de ces dossiers.

Producteurs et diffuseurs, les indépendants comme les grands groupes médias intégrés... C’est ensemble que nous trouverons des solutions pour maintenir notre capacité à produire du contenu francophone de grande qualité. Nous devons préserver cet équilibre si précieux entre le public et le privé, qui a toujours été gage de notre succès.

Pour ma part, je peux vous assurer d’une chose. Dans toute cette démarche, Radio-Canada continuera de jouer son rôle de diffuseur public. Qu’est-ce que ça veut dire, un diffuseur public au 21e siècle ?

Ça veut dire générer des contenus qui forgent notre identité culturelle francophone. Ça passe par des séries dramatiques de grande qualité qui racontent nos histoires. Ça passe aussi par la promotion et la diffusion des créateurs d’ici et de la musique d’ici. Ça veut dire aussi maintenir une présence régionale pertinente, tant au Québec que dans les communautés francophones en milieu minoritaire. 

En information, ça veut dire poursuivre notre travail de journalisme d’enquête comme seul le diffuseur public peut le faire. C’est aussi proposer une action journalistique internationale collée sur la réalité d'aujourd'hui. Et c’est de continuer à miser sur la qualité et la crédibilité de nos contenus d’information et de les rendre disponibles sur toutes les plateformes utilisées par nos auditoires. 

Aussi, c’est de continuer à porter, dans toutes nos actions, les valeurs de crédibilité, créativité et diversité qui sont dans l’ADN du service public. 

Enfin, ça veut dire nous assurer de continuer à jouer notre rôle de leader dans l’industrie. Comme je vous l’ai dit, pour Radio-Canada, ça passe par une stratégie de contenus multiécrans cohérente et intégrée, une empreinte numérique accrue et l’incarnation d’un espace de création dynamique et stimulant. 

Ce leadership passe aussi par notre capacité à rassembler tous les joueurs clés autour des questions et des enjeux qui sont au cœur de notre avenir comme industrie. C’est comme cela que nous arriverons à remplir notre promesse auprès de nos auditoires, celle de continuer à leur offrir du contenu dans leur langue, dans lequel ils se retrouveront et se reconnaîtront.

Merci !' 

2 février 2015

Divertissement en ligne : le téléviseur branché, un incontournable

L'enquête NETendances 2014 a été réalisée par le CEFRIO avec la collaboration de BIPet financée par le Mouvement des caisses Desjardins et le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale.

FAITS SAILLANTS

Les Québécois ont plus que jamais l’embarras du choix lorsqu’il est question d’occuper leurs temps libres. La croissance d’Internet au cours des dernières années a donné naissance à une myriade d’activités en ligne, rendant les options de divertissement toujours plus nombreuses. Ce numéro de l’enquête NETendances dresse un portrait des différentes activités de divertissement en ligne que pratiquent les Québécois et met en relief une tendance de plus en plus populaire : le téléviseur branché.
  • Les activités de divertissement pratiquées en ligne par les Québécois sont nombreuses et variées. Sept activités différentes sont pratiquées par au moins un adulte sur quatre. (voir tableau ci-desssous)

Pour télécharger la publication, cliquez ICI
Source : http://www.cefrio.qc.ca/netendances/televiseur-branche-incontournable/

30 janvier 2015

Storytelling par les créateurs et les marques: se concentrer sur les auditoires

Le C21’s FutureMedia, à Londres, a été l’occasion de découvrir quelques-unes des expérimentations fascinantes qui se pratiquent en mise en récit (storytelling) dans le monde, sur toutes les plateformes. Les auditoires jouent un rôle de plus en plus important dans la création, la production et la dissémination de ces contenus.
Ce qu’il faut retenir de cette conférence est très clair. Les producteurs de contenu doivent entretenir une relation authentique avec leur public, créer des contenus excitants quelle que soit la plateforme, savoir quand vient le moment d’établir des liens plus intimes, enfin écouter et répondre continuellement afin de créer une « destination » ou une marque qui inspire confiance aux gens — où ils se sentent parties prenantes.

Susciter la participation des auditoires

Un des conférenciers, Matt Locke, de Storythings, a analysé les ingrédients d’une bonne mise en récit pour les créateurs de contenu. Il suggère de suivre l’ABC de la narration — attention, behaviour, circulation en anglais — l’attention, le comportement et la circulation, et de se poser des questions comme : « À quel moment de la journée les contenus que vous créez sont-ils destinés, considérant les habitudes d’attention des gens ? » et, ensuite, « Que voulez-vous que les gens fassent exactement ? » Selon des études, la participation des gens se classe en trois niveaux : 23 % des gens sont passifs, 60 % réagissent modérément au contenu, par exemple en tweetant ou en cliquant « j’aime » sur Facebook, et 17 % réagissent fortement — ce sont ceux qui vont recréer des scènes ou publier des blogues pour raconter l’expérience qu’ils viennent de vivre. La dernière question concerne la circulation : « Comment les gens partagent-ils vos contenus ? » La diffusion prend son essor quand les gens partagent les contenus et que vous acceptez d’abandonner votre contrôle là-dessus.

Connaître votre auditoire

Il est évident que Maker Studios, entreprise qui vient d’être achetée par Disney pour 500 millions de dollars, connaît son auditoire. Elle cible les jeunes de la génération du millénaire, qui regardent ses 55 000 canaux. Ces jeunes regardent à peu près 50 % plus de vidéos en ligne que la moyenne des utilisateurs d’Internet, et ils partagent aussi ces vidéos.
Les vedettes et les créateurs de Maker sont des personnalités bien définies dont les talents sont très spécifiques à YouTube. Prenons l’exemple de PewDiePie, qui a amassé un nombre incroyable d’abonnés : plus de 32 millions. Ou le comédien et joueur TobyTurner, qui possède trois canaux YouTube. Chacun de ces créateurs est en dialogue continuel avec son public.
Considérant que beaucoup de ces vedettes sont des joueurs, il n’est pas surprenant que Dan’l Hewitt, le directeur général de Maker UK, soit plus intéressé aux nouveautés de Candy Crush qu’à ce qui se passe à la télévision.

Quand les auditeurs deviennent collaborateurs

Prenons l’exemple du podcast Serial, produit par Sarah Koenig, une des créatrices de This American Life. La première saison de ce podcast est consacrée à la mort de Hae Min Lee, une élève du secondaire, en 1999, et à la condamnation pour son meurtre de son ex-ami de cœur Adnan Syed. Durant 12 semaines, Koenig a publié un nouveau chapitre de son enquête par semaine, où elle cherche à savoir si Adnan a vraiment tué Hae. Elle a interrogé les personnes impliquées et exploré les diverses pistes liées à l’affaire, et découvert parfois des informations inédites.
Plus de un million de personnes ont suivi cette enquête chaque semaine et ont participé activement à la création du contenu. Certains se sont vus eux-mêmes comme des collaborateurs qui contribuent à résoudre l’affaire et mènent des enquêtes parallèles sur Reddit.
Serial a connu une telle popularité qu’il a réussi à financer une nouvelle saison en faisant appel à son public dans une campagne de financement social. Le podcast choisira à nouveau une histoire vécue, suivra ses protagonistes, soulèvera des interrogations et tentera d’élucider l’affaire.

Quand les auditeurs deviennent créateurs

Pulse Film, de son côté, a réinventé le vidéoclip. Sony désirait lancer un vidéoclip de la chanson emblématique de Bob Dylan, Like a Rolling Stone, à l’occasion de son 50e anniversaire. Pour souligner l’immense retentissement qu’a eu cette chanson, Pulse Film en a créé une version multicanal.
L’expérience permet aux l’utilisateurs de naviguer entre 16 « canaux de télévision » distincts et met en scène plusieurs séries télévisées et personnalités américaines, dont Pawn Stars de History Channel, The Price Is Right avec Drew Carey, Girl Code de MTV, le rappeur excentrique de Detroit Danny Brown, Steve Levy à ESPN, et plus encore.
Les auditeurs peuvent créer leurs propres versions de la chanson sur la vidéo, et chacune de ces versions est unique.

Accroître l’auditoire grâce aux influenceurs

Les publicitaires de Dove avaient déjà mis au point la campagne Real Beauty quand ils ont lancé son dernier message publicitaire l’année dernière. Cependant, celui-ci a fait bien davantage sensation quand l’agence theAudience a été mise à contribution. theAudience est une entreprise qui représente les artistes de l’agence William Morris sur toutes les plateformes. La soixantaine d’artistes qu’elle représente comptent ensemble plus de 300 millions de fans sur Facebook — elle utilise leur influence pour promouvoir des marques qui partagent les mêmes valeurs qu’eux.
Au départ, theAudience ne voulait pas s’associer à de la publicité, mais a changé d’idée après avoir vu le message publicitaire de Dove. Dans cette vidéo, des femmes décrivent leur visage à un ancien portraitiste judiciaire de la police qui esquisse leur portrait derrière un rideau, sans les voir. L’artiste crée ensuite une deuxième série de portraits à partir des premières impressions que des étrangers ont eu en voyant les mêmes femmes. Lorsqu’on leur montre les portraits, les femmes découvrent à quel point elles paraissent mieux dans le regard des autres.
L’entreprise a profité de la Fête des mères pour introduire la vidéo sur Facebook par l’intermédiaire d’artistes de l’agence. La publicité est tout de suite devenue virale, s’attirant une grande attention des médias et du public.

Écouter l’auditoire et répondre

Vice News, la branche d’information de Vice Media, a obtenu son financement initial de manière inespérée. Vice a publié le catalogue de ses vidéos existantes sur YouTube. Elle a découvert, avec surprise, que son auditoire était composé d’hommes de 18 à 24 ans. Ce groupe démographique est habituellement reconnu pour s’intéresser peu aux nouvelles, mais ces hommes ont trouvé divertissant et attirant le regard que Vice jette sur l’actualité. Ici encore, les auditeurs ont confiance en l’authenticité des journalistes de Vice parce qu’ils font partie du cœur de son auditoire.
Après avoir réussi à attirer un auditoire inédit pour des documentaires, Vice se transporte maintenant à la télévision pour élargir sa base. Elle a conclu une entente avec HBO pour diffuser ses documentaires ainsi qu’un contrat de production avec Rogers pour construire un studio à Toronto où seront créés des reportages, des dramatiques, des documentaires ainsi qu’une programmation ciblant les auditeurs de 18 à 34 ans et conçue en vue du visionnent sur mobile ou Internet.
Ces exemples montrent quels sont les éléments de succès de la narration auprès des auditoires : l’authenticité, la collaboration, l’écoute et la réponse, l’expérimentation et la création. Cet engagement auprès de l’auditoire a aussi permis à ces entreprises d’obtenir une croissance financière ainsi que des occasions de financement pour accroître leurs domaines de programmation ou rehausser leur marque.

Source : FMC Veille